L'homme et sa prostate

Fractures et hormonothérapie dans le cancer de la prostate

L’hormonothérapie, ou traitement de privation androgénique, réduit l’action de la testostérone afin de ralentir la progression de certains cancers de la prostate. Elle peut être prescrite seule ou associée à une radiothérapie, une chirurgie ou d’autres traitements. En diminuant les androgènes, elle modifie toutefois l’équilibre du tissu osseux et peut augmenter le risque d’ostéoporose et de fracture.

Ce risque n’est pas une fatalité. Une évaluation personnalisée, une activité physique adaptée, une alimentation suffisamment riche en calcium et en vitamine D, ainsi qu’un suivi régulier permettent de protéger la solidité du squelette. Le patient doit pouvoir discuter ouvertement de ces mesures avec son oncologue, son urologue ou son médecin traitant.

Pourquoi les os deviennent plus fragiles

Les os se renouvellent continuellement grâce à un équilibre entre la formation de tissu osseux et sa résorption. La baisse prolongée des hormones sexuelles peut rompre cet équilibre. La densité minérale osseuse diminue alors, parfois sans douleur ni signe visible, tandis que l’architecture interne de l’os devient plus vulnérable.

Le risque concerne particulièrement les vertèbres, le col du fémur, le bassin et le poignet. Une fracture peut survenir après une chute banale, voire lors d’un effort modéré lorsque l’ostéoporose est avancée. L’âge, un poids faible, le tabagisme, l’alcool, des antécédents familiaux ou une fracture ancienne peuvent accentuer cette fragilité.

Évaluer le risque avant traitement

Avant ou au début de l’hormonothérapie, le médecin recueille les antécédents de fracture, les maladies associées et les traitements susceptibles d’affaiblir les os, notamment les corticoïdes au long cours. Il peut demander un bilan sanguin comprenant la vitamine D, le calcium, la fonction rénale et d’autres paramètres selon la situation.

Une ostéodensitométrie, souvent réalisée par absorptiométrie biphotonique à rayons X, mesure la densité osseuse au niveau de la hanche et de la colonne. Ce résultat constitue un point de référence. Il aide à décider de la fréquence des contrôles et de la nécessité éventuelle d’un traitement protecteur.

Bouger pour entretenir le squelette

La marche soutenue, la montée d’escaliers, la danse ou certains exercices d’équilibre sollicitent les os et contribuent à préserver leur résistance. Le renforcement musculaire, réalisé avec un professionnel si nécessaire, améliore aussi la stabilité et diminue le risque de chute. Il doit être progressif, particulièrement après une période de fatigue ou de déconditionnement.

Une activité régulière vaut mieux qu’un effort intense et ponctuel. En cas de douleur dorsale, de métastases osseuses ou de fracture connue, le programme doit être adapté par l’équipe soignante. La pratique sportive reste possible dans de nombreux cas, mais certaines charges, torsions ou activités à impact élevé peuvent être déconseillées.

Nutrition et habitudes protectrices

Les apports en calcium doivent d’abord venir de l’alimentation : produits laitiers, boissons enrichies, certaines eaux minérales, légumes verts, légumineuses et fruits à coque peuvent y contribuer. La vitamine D favorise l’absorption du calcium. Une supplémentation n’est pertinente qu’après une évaluation médicale, car les besoins varient selon l’âge, l’exposition au soleil, l’alimentation et les résultats biologiques.

Arrêter de fumer, limiter l’alcool et maintenir un poids stable soutiennent également la santé osseuse. Une alimentation suffisamment riche en protéines aide à préserver les muscles, ce qui participe à la prévention des chutes. Ces conseils s’intègrent dans une prise en charge globale, au même titre que le suivi de la fatigue, du sommeil et de la santé cardiovasculaire.

Traitements qui réduisent le risque de fracture

Lorsque le risque est élevé, le médecin peut proposer un médicament anti-résorptif, comme un bisphosphonate ou le dénosumab. Ces traitements ralentissent la perte osseuse et peuvent réduire la probabilité de fracture. Leur choix dépend de la densité osseuse, de la fonction rénale, des antécédents dentaires et des autres traitements reçus.

Un examen dentaire peut être recommandé avant certains médicaments, car des complications rares de la mâchoire sont associées à ces traitements. Il faut aussi respecter le calendrier des injections ou des comprimés et ne jamais interrompre seul le dénosumab, dont l’arrêt nécessite une stratégie médicale. Toute douleur inhabituelle à la cuisse, à la hanche ou à la mâchoire doit être signalée.

Organiser un suivi réellement personnalisé

La densité osseuse est généralement contrôlée à intervalles définis par le niveau de risque et la durée de l’hormonothérapie. Un nouveau bilan peut être nécessaire si le traitement se prolonge, si une fracture survient ou si l’état général change. Le suivi inclut également le poids, la force musculaire, l’équilibre et les chutes éventuelles.

La santé sexuelle et la qualité de vie ne doivent pas être séparées de cette surveillance. La baisse de désir, les troubles de l’érection et la fatigue peuvent réduire l’activité physique ou l’estime de soi. Des ressources sur la sexualité après les traitements, comme des témoignages et conseils, peuvent aider à aborder ces changements avec les soignants et le partenaire.

Prévenir les chutes au quotidien

La prévention passe aussi par l’environnement domestique. Un éclairage suffisant, des tapis fixés, des chaussures stables et des barres d’appui dans les zones à risque peuvent éviter une chute. Une correction adaptée de la vue et une réévaluation des médicaments favorisant les vertiges complètent ces précautions.

Quelques repères peuvent faciliter la prise en charge :

Les échanges entre patients apportent parfois des repères concrets sur la fatigue, l’exercice et les effets indésirables. Les réflexions de patients peuvent compléter l’information médicale, sans remplacer une consultation ni une décision partagée.

Une fracture vertébrale peut se manifester par une perte de taille, une posture voûtée ou une douleur dorsale soudaine. Une douleur aiguë à la hanche après une chute, l’impossibilité de prendre appui ou une douleur persistante exigent un avis médical rapide. La prise en charge précoce limite les conséquences sur l’autonomie.

La prévention osseuse accompagne la lutte contre le cancer : elle ne doit pas être considérée comme un sujet secondaire. Même lorsque la sexualité ou l’énergie changent sous hormonothérapie, un accompagnement global reste possible, avec des solutions adaptées et un dialogue sans gêne sur la santé érectile. À retenir : anticiper, bouger avec prudence, surveiller la densité osseuse et signaler tout symptôme sont les meilleurs moyens de protéger ses os.